Comment écrire 4 en Chiffre Romain, IIII ou IV

Chiffres Romains, Histoire -

Comment écrire 4 en Chiffre Romain, IIII ou IV


Lors d'une promenade, je suis passé devant une église. En regardant son cadran j’aperçois les aiguilles de l'horloge posées sur le IIII. Cela m'a donné l'envie de répondre à cette interrogation que beaucoup de gens se posent !

Si vous êtes sur le point de lire cet article, c’est sûrement que vous êtes curieux par nature. Vous venez peut-être de passer comme moi devant une horloge indiquant IIII à la place du IV habituel. Étrange non cette façon d’écrire ce symbole. Est-ce une exception ou même une erreur ? Comment écrire ce nombre ? La réponse n’est pas si évidente ! Voici une synthèse de ce que l’on sait à propos de ce que l’on appelle aujourd’hui le 4 horloger.

I - Tout d’abord un peu d’histoire sur les origines

Numération romaine

Les chiffres romains sont nés dans la Rome antique, environ 1000 avant J.-C. jusqu’à la fin du Moyen Âge. Ils étaient la façon habituelle d'écrire les chiffres dans toute l'Europe, et ce longtemps après le déclin de l'Empire Romain. Ce n'est que vers le 14ème siècle que les chiffres arabes modernes ont commencé à remplacer peu à peu les nombres romains en chiffres arabes. 

Écriture des nombres romains

Dans le système numérique des nombres romain, les chiffres sont représentés par des combinaisons de lettres majuscules de l'alphabet latin.

En général, les chiffres romains de 1 à 9 sont écrits de cette façon :

Méthode soustractive : I, II, III, IV, V, VI, VII, VIII, IX

Cette méthode implique que si les uns notés "I" sont avant on les soustraits. Même si cette façon d’écrire est largement utilisée et admise comme la bonne notation, ce n'était pas le modèle d'écriture original. Les premiers modèles/systèmes de numérotation utilisaient une méthode additive et non soustractive, tant et si bien que l'on écrivait VIIII pour 9 (au lieu de IX) et IIII pour 4 (au lieu de IV).

Méthode additive : I, II, III, IIII, V, VI, VII, VIII, VIIII

Ce système implique que les symboles s'additionnent. Au lieu de la notation additive originale, le système de chiffres romains est passé à la notation soustractive, plus familière et simple à utiliser. 

Héritage du système de numération étrusque :

Les Étrusques sont issus d'un peuple qui a vécu dans le centre de la péninsule d'Italie il y a des millénaires. De la fin de l'âge de bronze jusqu'à la prise par les Romains de Velzna en 264 av. J.-C.

La numération de ce peuple s'établie sur une base 10. ils écrivaient IIII pour 4 et la pratique de la soustraction se faisait pour les 3 nombres précédents la dizaine supérieur. 17 (3 ôté de 20), 18 (2 ôté de 20), 19 (1 ôté de 20) etc... 

C'est pourquoi certains disent que le chiffre IIII sur les cadrans solaires est un héritage transmis par le peuple étrusque.

Premières horloges mécaniques

C'est au cours du XIIIe siècle que les premières horloges mécaniques ont vu le jour en Europe. A cette époque où les horloges étaient le plus souvent montées sur des églises et le latin étant la langue officielle des catholiques, il était donc habituel et logique d'employer les chiffres romains sur les cadrans. Cependant, il reste des zones d'ombres quant à la raison pour laquelle les horlogers ont choisi d'utiliser le IIII au lieu du IV.

En cherchant bien, nous nous rendons vite compte que les horloges les plus vieilles du monde arborent quasiment toute la notation soustractive SAUF pour le 4 écrit de la manière suivante IIII. Mais c'est aussi le cas pour les premières montres de poche appelés montres à goussets jusqu'au XXème siècle, encore aujourd'hui nos montres-bracelets et nos horloges murales comporte cette subtilité.

Si vous cherchez un exemple d'horloge n'utilisant pas la soustraction, il en est une magnifique construite en 1499 à Venise. La tour de l'horloge de la place Saint-Marc attire tous les regards. Voici quelques photos.

 

Tour de l'horloge Venise place Saint-Marc

Tentons alors de trouver quelques explications à cette façon d'écrire les nombres romains.


II - Théorie 1 : Une infraction à Jupiter

jupiter mythologie romaine

L'horlogerie est née de l'astronomie, les Romains avaient adopté le concept du cadran solaire, basé sur les travaux d'astronomie babylonienne antique (vers 1500 av. J.-C.). Ainsi de nombreux cadrans solaires ont été retrouvés à Rome, certains comportaient des IV, d'autres des IIII.

Sur certains textes anciens ou sur des objets, tel que des pièces de monnaie on retrouve le nom du dieu Jupiter inscrit de cette manière IVPPITER (Les lettres sont en capitales, car chez les Romains il n'y à pas de majuscules, ni de minuscules). C'est à l'époque le Dieu suprême équivalent de Zeus pour les Grecques, il est le dieu du ciel, du tonnerre et roi des dieux dans la mythologie romaine. Cette théorie met donc en avant la volonté des Romains de ne pas graver sur les cadrans solaires une partie du nom de leur divinité suprême.

Si l'on décompose ce nom, Jupiter signifie Dieu le Père. Les Romains écrivaient U ou V, en effet n'ayant pas de différence dans la prononciation, les deux écritures sont acceptées et c'est l'habitude qui permet de distinguer les différents mots. On ne distingue pas non plus I de J. On peut donc retrouver Jupiter écrit Iūpiter ou le plus souvent Iūppiter. 


III - Théorie 2 : Le citoyen moyen lit mieux la méthode additive

Citoyen moyen age

On l'a vu précédemment, la notation soustractive est aujourd'hui la norme, cependant son utilisation s'est faite progressivement, et les premiers horlogers ont donc le choix de l'utilisation du IV ou IIII. À cette époque, les citoyens pouvaient apprendre à lire l'heure uniquement sur l'église de la ville, et peu d'entre eux savaient lire ou écrire. Cette théorie part donc du principe que les soustractions nécessitent une maîtrise de base des mathématiques plus complexe à assimiler. Additionner étant relativement plus simple.

De mon point de vue cette théorie comporte une faille. En effet si la méthode soustractive est difficile à appréhender et que c'est là, la raison principale de ce choix. Les horlogers auraient en majorité utilisé VIIII et non pas IX pour désigner le 9. Or ce n'est pas le cas et très peu d'horloges utilisent la notation additive du 9.

Vient alors une explication liée à la possible incompréhension du IV (4), celui-ci étant très proche du VI (6). On peut imaginer que pour éviter toute confusion sur une horloge ou les chiffres sont inclinés, le choix le plus judicieux fut d'inscrire IIII en méthode additive.


IIII - Théorie 3 : Le côté pratique et l'équilibre

4 Horloger symétrie et esthétique

Si l'on décompose le cadran en trois parties, on trouve un certain équilibre avec trois groupes de quatre chiffres :

 I I, II, III, IIII
V V, VI, VII, VIII
X IX, X, XI, XII


C'est la théorie la plus simple et évidente à mes yeux. D'un point de vue purement esthétique, on retrouve une symétrie avec ce système de numération, de plus en coupant l'horloge verticalement ont obtient 14 symboles à droite et à gauche du cadran. On évite la confusion entre le VI et le IV plus dure à lire à l'envers. On obtient aussi une décomposition de la journée en 3 phases ou :

  • I -  correspondent au matin
  • V - à l'après-midi
  • X - au soir

 

Malgré tous ces éléments de réponses nous ne pouvons rien affirmer, alors laisser libre cours à votre imagination et choisissez la théorie qui vous convient le mieux ! En parcourant la toile vous trouverez sûrement d'autres histoires mettant en scène des souverains, par exemple concernant Louis XIV  qui aurait refusé de voir inscrit sur les horloges le symbole IV dont il était lui même possesseur. Ces histoires plus ou moins tirées par les cheveux relatent des faits ayant conduit à utiliser le IIII plutôt que le IV. Peut-être trouverez-vous une nouvelle théorie sur l'écriture des nombres ? Je vous laisse vous faire votre propre opinion ! 


Laissez un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être affichés